Naxxramas. De sombres couloirs aux éclairages glauques, des rigoles remplies de substances toxiques, des hurlements permanents…

Le Chevalier de la Mort en armure noire qui marchait rapidement dans le dédale n’y prêtait aucune attention. Il vivait dans cet environnement depuis toujours et seul le silence l’aurait inquiété.

Il passa devant les gargouilles qui veillaient dans le long tunnel menant au laboratoire de Noth, puis frappa à la porte.

Rien n’avait changé depuis son départ quatre mois plus tôt. Noth était penché sur son sujet d’expériences actuel et son visage resta parfaitement neutre quand il reconnut son visiteur. Mais sa voix rauque trahissait une émotion inhabituelle quand il parla.

« Bienvenue, Sokran. Razuvious affirme que tu es prêt et que ton épée est parfaite. Et Amal’thazad n’a eu aucun reproche concernant ta maîtrise des runes.  Tu vas pouvoir quitter définitivement ce lieu pour accomplir ton vrai destin, celui pour lequel je t’ai formé…»

Le jeune homme inclina la tête en signe de remerciement.

« Je suis allé aux cellules, Père. La femme refuse de s’alimenter et elle agonise. »

Noth jura entre ses dents.

« Ces imbéciles n’ont pas plus de cervelle qu’une goule… J’en ai fini avec celle-ci pour aujourd’hui, ramène-moi la femme avant qu’elle soit inutilisable… »

Le nécromancien désigna la silhouette nue étendue sur sa table de travail et se détourna pour ranger son matériel.

 

Le Chevalier saisit la cape de laine miteuse qui servait à la fois de vêtement et de couverture à la prisonnière et l’enveloppa dedans avant de la soulever. L’enfant ne pesait presque rien dans ses bras et il tourna les talons sans adresser un regard à son fardeau.

Le contact réveilla la fillette, qui ouvrit les yeux pour contempler le visage de celui qui la portait. Elle le connaissait. Des mois durant il était venu la chercher dans sa cellule pour la conduire chez Noth, puis la ramener. Contrairement aux autres, il ne montrait aucune brutalité, la tenant avec fermeté comme on porte un objet précieux. Elle n’avait jamais osé lui parler et n’avait que rarement entendu le son de sa voix.

Et puis il avait disparu et elle avait guetté chaque jour le son de son pas dans le couloir de la prison. En vain.

Il était de retour, mais il avait changé. Il avait perdu les derniers traits de l’adolescence pour devenir un homme. Ses yeux gris avaient pris la couleur du glacier et son corps contre le sien ne dégageait plus de chaleur. Elle ferma les yeux, de crainte qu’il ne la surprenne à l’observer et ne s’en offense. Il avait reçu le Don du Roi, elle n’était rien…

Il la déposa dans sa cellule et se tourna vers les gardes pour leur ordonner de sortir la femme de la sienne. Ils la traînèrent dehors et le Chevalier leur emboîta le pas sans se retourner.

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