Ils se mirent en route un peu après l’aube.
Mordrahan avait mal dormi, hanté par des cauchemars récurrents dont l’intensité s’était soudainement accrue.
Cela avait commencé après son incursion dans la Tour Sombre. Agarthas disait qu’en pénétrant dans la Frontière il avait modifié sa propre ligne temporelle. Dans cette zone à la lisière de la Réalité, toutes les trames possibles coexistaient et pouvaient se croiser. Depuis ce jour, les visions du passé et du futur que Mordrahan avait expérimentées dans le Temple Noir s’invitaient régulièrement dans ses rêves, les teintant de violence et de sang.
Cette nuit avait été différente. Le cauchemar semblait si réel qu’il avait mis plusieurs minutes à revenir au présent en se réveillant sous le regard inquiet de Néalia. Sa compagne ne cherchait plus à le tirer de cette transe, se contentant de lui apporter son réconfort quand il en émergeait.
Il avait à nouveau vu le sombre guerrier au regard de glace, une épée couverte de sang à la main, debout au milieu d’un charnier. Il avait ressenti sa soif de sang et de meurtre puis le personnage s’était transformé, devenant un démon cornu aux yeux flamboyants et aux ailes de cuir. Là encore, la fureur destructrice l’habitait mais elle n’était plus une faim insatiable, plutôt une détermination sombre teintée d’une douleur profonde. Le démon levait les bras, invoquant un infernal et une pluie de météores sur un village sans défenses…
Mordrahan s’était éveillé avec l’écho de ces émotions brutales encore présent dans son corps et dans son âme. Il savait que ces rêves reflétaient une réalité, quelque part dans le Temps. Il était le Destructeur, il l’avait été ou il le deviendrait. Le fait que le phénomène s’amplifie subitement portait un message que le sorcier ne parvenait pas à décrypter.
Leur arrivée au voisinage de Forgefer trancha avec le voyage somnolent au pas lent de leurs montures dans les brumes moites des Paluns. Les abords de la capitale naine étaient lourdement gardés, des balistes et des barricades défendaient la route et ils avaient croisé plusieurs patrouilles en armes qui leur avaient jeté des regards soupçonneux.
Le petit village de Thelsamar près du Loch Modan débordait d’activité, accueillant de très nombreux voyageurs dont des familles avec des chariots. L’ensemble avait des allures d’exode et les civils comme les gardes s’affairaient dans une atmosphère de panique organisée en ignorant totalement les étrangers.
Le quatuor décida de rejoindre au plus vite Forgefer, où on pourrait sans nul doute les informer de la situation ayant conduit à cette alerte massive.
Rien n’aurait pu les préparer à ce qui les attendait au sortir du dernier tunnel, alors qu’ils contournaient une carrière pour enfin arriver en vue de l’entrée de Forgefer, illuminée par le soleil couchant.
Une énorme pyramide de pierre était suspendue dans le ciel au-dessus de la rampe d’accès à la citadelle naine. Sa structure massive s’ornait de crânes et d’ossements, sinistres trophées d’où dégoulinait un ichor d’un vert malsain. La magie noire qui la faisait voler l’auréolait d’une lueur violacée.
Le petit groupe s’était arrêté, stupéfait.
Les regards des elfes se tournèrent vers Mordrahan, qui répondit à leur question muette.
« C’est une nécropole du Fléau. Regardez là-bas. »
Il tendit la main en direction du sol en dessous de la pyramide. Des silhouettes tordues aux mouvements saccadés se déplaçaient dans la neige, se dirigeant vers la route. Derrière des barricades de bois munies de pointes en fer, les balistes lourdes et les soldats de Forgefer les attendaient, déterminés à défendre l’accès à la citadelle.
Les voyageurs éperonnèrent leurs montures, galopant vers la rampe d’accès pour l’atteindre avant les morts-vivants. Les créatures avançaient lentement mais la neige était déjà jonchée de cadavres calcinés, témoins des assauts précédents.
Dès qu’ils furent passés derrière la ligne de défense, les quatre compagnons arrêtèrent leurs chevaux, en descendirent et les attachèrent à une barrière avant de s’approcher conjointement des barricades.
Meleth dégaina ses dagues, se glissant vers la première ligne où une vingtaine de nains en armure se préparaient à l’assaut.
Néalia et Agarthas restèrent en arrière, près des balistes, suffisamment proches des combattants pour pouvoir les assister mais également prêts à protéger les tireurs.
Mordrahan s’avança à mi-distance, en compagnie de quelques mages et d’un prêtre qui l’accueillirent d’un signe de tête approbateur.
Les mages donnèrent le signal de l’attaque, déchaînant une pluie de flammes sur le groupe de morts-vivants dès qu’il fut à portée de sort. Les créatures hurlèrent mais cela ne faisait que les affaiblir. La nécromancie poussait ces cadavres animés à se battre jusqu’à ce qu’ils soient démembrés ou réduits en cendres.
La mêlée commença, acharnée.
Les balistes visaient les plus gros adversaires, des abominations créées à partir de morceaux de corps assemblés. Des arbalétriers se focalisaient sur la nécropole depuis laquelle des sorciers et des archers morts-vivants tentaient d’atteindre les défenseurs. Les Nains ne cédaient pas un pouce de terrain, tranchant à la hache dans les chairs putréfiées ou fracassant les crânes à coups de marteau de guerre. Nealia protégeait les tireurs de ses boucliers sacrés, soignait les blessures et dissipait les viles magies toxiques véhiculées par les créatures du Fléau avant qu’elles ne s’insinuent dans les corps des vivants. Agarthas invoquait le pouvoir d’Elune en colonnes de lumière pâle qui vaporisaient tous les monstres qu’elles touchaient. Mordrahan enchaînait les sortilèges de feu, refusant de faire appel à des pouvoirs qui l’auraient mis en contact avec l’essence corrompue des morts-vivants. Meleth se fondait dans les ombres pour surgir derrière les sorciers adverses, interrompant leurs incantations et tranchant tête et membres avant de s’évaporer pour réapparaître plus loin.
Le combat fut intense mais relativement bref. Les prêtres procédèrent à une purification du terrain et des restes des monstres abattus afin d’empêcher les sorciers liches de les relever à nouveau. Au-dessus du champ de bataille, la nécropole flottait comme un avertissement. Le calme était revenu mais ce n’était qu’un répit temporaire.
Les Nains remercièrent le quatuor pour son aide, avant que leur capitaine ne fournisse quelques explications sur la situation.
Le Fléau était passé à l’attaque. Partout en Azeroth, au-dessus de chaque capitale et de plusieurs régions stratégiques, les nécropoles volantes étaient arrivées puis avaient commencé à déverser des hordes de morts-vivants. Cela s’était produit la nuit précédente.
Les quatre compagnons traversèrent la capitale souterraine où régnait une ambiance de caserne sur le pied de guerre. Nul désordre, les Nains étant bien trop disciplinés pour paniquer, mais une activité intense et un calme grave à la place de l’habituelle jovialité du peuple de Forgefer. Les réfugiés des villages voisins s’organisaient, les civils contribuaient de leur mieux sous l’œil attentif des gardes lourdement armés, les patrouilles veillaient et redirigeaient les étrangers vers le sanctuaire où les mages se relayaient pour activer des portails de transfert. Les griffons ayant été réquisitionnés par l’armée, Mordrahan et ses compagnons empruntèrent un portail vers Hurlevent.
Les derniers rayons du soleil couchant couvraient la capitale humaine d’une lumière flamboyante, donnant aux pierres blanches de ses bâtiments un éclat chaud qui contrastait avec l’aura sinistre de la nécropole suspendue dans l’air au-dessus de la route menant à Elwynn. Depuis la Tour des Mages où ils étaient arrivés, Mordrahan et ses compagnons distinguaient nettement la pyramide ainsi que les défenses érigées à la porte de la ville et sur les remparts.
« Cette fois c’est vraiment la guerre… » murmura Mordrahan en tournant son regard vers le port, où les navires royaux semblaient entourés d’une effervescence inhabituelle.
Les rumeurs avaient enflé depuis des semaines, mentionnant des attaques ponctuelles d’agents du Fléau en divers lieux d’Azeroth ainsi qu’un projet de mission d’investigation des armées de l’Alliance dans les terres du Norfendre. L’ennemi était passé à l’attaque le premier mais la riposte ne se ferait pas attendre.
Mordrahan se tourna vers Meleth, qui observait la cité de son regard affûté d’éclaireur.
« Vous voulez toujours aller en Norfendre, Meleth ? Il semblerait que cela nous envoie tout droit au cœur d’un champ de bataille. »
Il ne doutait guère de la réponse mais il devait poser la question. La situation avait changé et s’ils s’embarquaient, ils devaient le faire en connaissance de cause.
« Plus que jamais. » répondit la demi-elfe, le regard dur, avant d’ajouter
« Ekhiras est parti en éclaireur et m’a confirmé que le Sanctuaire originel était toujours debout et habité, mais c’était avant que les armées du Roi-Liche ne repartent en guerre… Si elles s’en prennent aux Vestals là-bas, notre aide ne sera pas un luxe. Et je ne veux pas que le dernier refuge des nôtres finisse comme mon Manoir. »
Néalia et Agarthas acquiescèrent puis le groupe se mit en marche pour rejoindre Willowna au jardin des druides.
La vision de l’elfe pâle aux longs cheveux argentés assise au bord du petit bassin lunaire dont la lueur bleutée l’illuminait stupéfia Mordrahan, Agarthas et Néalia, qui restèrent immobiles un bref moment avant de rejoindre Meleth. La jeune femme avait enlacé sa mère adoptive et lui résumait leur périple.
Le regard lumineux de Willowna se posa tour à tour sur les trois compagnons de la demi-elfe avant qu’elle ne se lève souplement pour leur souhaiter la bienvenue d’une voix douce et mélodieuse comme un chant de rossignol sous la lune.
Mordrahan fixait avec fascination cette apparition céleste, doutant de sa réalité. Elle éveillait en lui un écho profond, familier et déphasé à la fois, similaire à ses rêves. Le Noir s’étira dans son âme, ranimant un désir lointain et primal et à cet instant Agarthas murmura à ses côtés, le tirant de sa transe.
« Deux filles d’Elune…Deux destinées… »
Néalia souriait largement quand elle s’approcha de Willowna, la contemplant comme si Elune en personne se tenait devant elle. Pour la prêtresse humaine, l’elfe incarnait un idéal lumineux et pur, l’espoir d’accéder enfin à la vision de sa Foi à laquelle son âme aspirait.
La nuit tombait et le groupe se dirigea vers l’auberge de la Rose Dorée.

Quelques heures avaient passé. Les compagnons avaient pris leur repas dans la salle commune avant de gagner leurs chambres à l’étage. Aucun ne parvenait à trouver le sommeil. Meleth et Willowna conversaient à voix basse, Mordrahan lisait, Néalia somnolait allongée contre lui, Agarthas méditait.
Les premiers hurlements résonnèrent dans le silence pesant, bientôt suivis par le tocsin de la cathédrale. Mordrahan bondit vers la fenêtre pour observer la rue d’où montaient des cris et des bruits de combat. Ses yeux s’écarquillèrent d’incrédulité.
La place était envahie par une horde de zombis que les gardes de la cité tentaient de contenir. Des aventuriers s’étaient joints à la bataille mais l’ennemi en surnombre obligeait les défenseurs à reculer. Les morts-vivants avaient forcé la porte de plusieurs magasins avant de ressortir en trainant les habitants derrière eux. Ils grimpaient aux façades et sur les toits, s’introduisant dans les maisons par les fenêtres.
Une femme hurlait. Une des créatures l’égorgea puis la jeta au sol. La scène se déroulait sous un réverbère, ce qui permit au sorcier de voir parfaitement la femme tomber comme une poupée désarticulée.
Mordrahan recula et saisit son arme.
Revenant à la fenêtre, il vit avec horreur la femme assassinée se relever. Sa posture voûtée, sa démarche maladroite et la lueur verdâtre dans ses yeux ne laissaient aucun doute. Elle était devenue un zombi à son tour.
Mordrahan examina plus attentivement les morts-vivants qui avançaient inexorablement vers l’auberge.
Certains semblaient nettement plus décomposés, d’autres auraient paru humains sans leur regard vide hanté par la magie nécromantique et les blessures encore sanglantes qui avaient causé leur trépas.
« Ils relèvent leurs victimes… » murmura le sorcier.
Néalia s’était approchée en silence, juste derrière lui. Elle tendit la main en direction de la femme zombifiée.
« Lumière céleste, purifie cette âme ! »
La voix de la prêtresse ne tremblait pas plus que son bras. Un éclair doré irisé de bleu jaillit de ses doigts, frappant la créature qui s’effondra. La lueur malsaine s’était éteinte dans les yeux du cadavre étendu sur les dalles de la place commerçante mais la horde maudite continuait d’avancer.
Un bruit de pas précipité se fit entendre dans la rue latérale. Une explosion de lumière dorée obligea les monstres à reculer, dégageant le passage jusqu’à l’entrée de l’auberge. Un homme robuste revêtu d’une armure blanche ornée d’or tambourina sur la porte. Il portait un tabard noir orné d’un soleil blanc que Mordrahan n'identifia pas.
« Au nom de la Lumière, ouvrez ! »
Derrière lui, un autre paladin s’était campé sur le sol consacré, son épée flamboyant de la même magie sacrée fauchant les zombis comme des blés mûrs. Une poignée de gardes et quelques aventuriers escortaient une vingtaine de civils terrifiés. Mordrahan reconnut la famille de couturiers Schneider, les marchands de vins Gallina et un couple en tenue de cuir portant chacun un arc et des carquois bourrés de flèches. Les commerçants de la place avaient été massacrés mais il semblait qu’au moins ceux du bord du canal avaient pu être secourus à temps.
Néalia s’était précipitée au rez-de-chaussée pour avertir l’aubergiste épouvanté qui se décida à ouvrir la porte de l’auberge. Les réfugiés s’engouffrèrent dans la salle, suivis par les défenseurs. Le grand paladin rentra en dernier, replaçant la barre de bois qui renforçait la porte massive. Il balaya du regard la grande pièce aux volets clos puis la compagnie disparate qui lui faisait face, avant de prendre la parole
« Je suis Derek Everard, paladin de l’Aube d’Argent. Vous êtes en sécurité ici, pour l’instant, mais il va falloir défendre cet endroit. Qui est en mesure de se battre ? »
Sa voix portait par-dessus le brouhaha ambiant, ferme, calme et déterminée. Le silence se fit. Des mains se levèrent.
Everard fit avancer les volontaires tandis que le reste des occupants de la pièce se tassait dans le fond de la salle et sur les marches de l’escalier.
Mordrahan, Néalia, Agarthas, Meleth et Willowna se retrouvèrent aux côtés d’une dizaine de gardes de Hurlevent et des archers Frederick et Lina Stover. Un jeune mage humain en robe violette du Kirin Tor et deux robustes guerriers nains armés de haches à deux mains complétaient l’escouade improvisée. Un elfe vêtu de noir au visage masqué fit son apparition, descendu du toit où il était embusqué. Meleth présenta Ekhiras, Ombre du Clan Vestal. Capable comme elle de se téléporter via les ombres, l’elfe était un assassin d’élite et un espion expérimenté.
Les deux paladins de l’Aube d’Argent interrogèrent rapidement chacun sur ses aptitudes avant de demander aux trois prêtres présents de vérifier qu’aucune des personnes présentes dans l’auberge ne présentait de blessures causées par les mort-vivants. Trois gardes levèrent la main, ils avaient été touchés pendant le combat quoique sans gravité.
Everard fronça les sourcils avant de répondre
« Aucune blessure causée par ces monstres n’est bénigne. Ils transmettent la peste maudite qui les anime et elle vous transformera à votre tour, vivant ou mort. Signalez immédiatement aux prêtres tout contact pour être soigné. Lorsque nous serons dehors, William et moi pouvons également nous en charger.»
William -l’autre paladin qui se tenait près de son supérieur- opina du chef.
Les trois blessés furent immédiatement pris en charge par Néalia, Agarthas et Willowna. L’apparence malsaine des plaies tuméfiées et purulentes confirmait les dires d’Everard. Il fut convenu que toute personne sortant au contact des zombis serait purifiée à son retour dans l’auberge.
Des grattements insistants et des coups se firent entendre contre les fenêtres et la porte de l’auberge. Après avoir été désorientés par la fuite de leurs cibles, les zombis repartaient à l’attaque.
Everard commenta.
« Notre expérience nous a appris que ces créatures retournent dans leur nécropole quand le jour se lève. Il va falloir les repousser jusqu’à l’aube.
Nous allons effectuer une sortie pour les faire reculer. Je demande aux archers et aux lanceurs de sorts de monter sur le toit et d’éliminer tous ceux qui vont tenter de grimper. Méfiez-vous, certaines de ces créatures sont très agiles et savent sauter. Comme il va falloir tenir plusieurs heures, nous alternerons des phases d’assaut et des périodes de repli. »
Mordrahan se retrouva bientôt perché sur le toit de l’auberge en compagnie des Stover, du jeune mage nommé Joram et de Meleth. Nealia avait tenu à l’accompagner, alors que les deux prêtres elfes restaient dans la salle commune pour assister les combattants au contact.
Les Stover avaient visiblement l’habitude de combattre en duo. Lina donna son arc et un carquois de flèches à Meleth puis s’accroupit aux côtés de son époux. Elle tirait une à une les flèches de son carquois et les enflammait avant de les lui tendre.
Observant la marée de zombis qui s’étendait sur la place, elle murmura d’un ton inquiet
« Nous avons pris tous nos carquois mais je ne suis pas sûre qu’on aura assez de flèches… »
Meleth eut un sourire féroce avant de répliquer
« J’irai chercher vos flèches, abattez tout ce que vous pouvez. »
Néalia posa une bénédiction sur le carquois de Meleth dont les flèches se mirent à luire d’un éclat doré.
L’instant d’après, la demi-elfe disparaissait pour réapparaitre sur le toit de l’hôtel des ventes juste en face de l’auberge, permettant aux archers de mieux couvrir le périmètre.
Le feu et la magie sacrée représentaient la meilleure arme contre les mort-vivants. Joram les arrosait de pluies de flammes tandis que les archers visaient méthodiquement les créatures qui cherchaient à grimper aux murs. Mordrahan et Nealia lançaient des traits de lumière et de feu vers les monstres décrits par Everard comme étant les leaders de l’armée du Fléau. Ekhiras fondait sur ses cibles par surprise et disparaissait aussitôt.
Devant l’auberge, les soldats s’étaient positionnés en arc de cercle. Les deux nains renforçaient les flancs de la formation. Les deux paladins se tenaient à l’avant, tels des figures de proue inflexibles dont la lumière sacrée traçait un cercle infranchissable sur les dalles maculées de sang et de fluides immondes. Les zombis tombaient et ne se relevaient pas, stérilisés par la magie purificatrice. Peu à peu, les monstres reculèrent, errant au centre de la place sans but apparent.
Everard cria « On se replie. »
Tandis que le groupe d’assaut reculait vers la porte de l’Auberge, Mordrahan vit Meleth s’évaporer dans les ombres, réapparaître entre les paladins et la horde de zombis puis parcourir le périmètre dégagé à une vitesse stupéfiante. Ombre parmi les ombres, elle ramassa une série de flèches avant de se téléporter sur le toit de l’auberge pour les tendre à Lina avec un sourire triomphant. Ekhiras rapporta à son tour de quoi remplir deux carquois.
Tous se rejoignirent dans la salle commune puis les prêtres purifièrent les combattants et l’aubergiste servit de la soupe chaude accompagnée de pain frais et de fromage.
Everard complimenta ses troupes, annonçant que l’ennemi allait devoir se réorganiser et qu’il fallait tenter de prendre un peu de repos avant la prochaine vague.
La chambre de Mordrahan et Nealia s’était changée en campement improvisé pour leur petit groupe. Le couple somnolait au milieu des coffres, sacs et caisses empilés un peu partout. Meleth conversait dans la pièce voisine avec les Stover qui remettaient en état les flèches récupérées. Agarthas et Willowna ne dormaient pas. Les deux elfes veillaient dans la salle commune sur les réfugiés serrés les uns contre les autres comme des animaux apeurés. Willowna chantait doucement dans sa langue, parfois accompagnée par la voix plus basse d’Agarthas, répandant l’aura apaisante d’Elune sur les corps et les âmes.
Une bonne heure passa avant que les coups recommencent à retentir sur les volets et la porte d’entrée.
Everard réveilla ses troupes et la tactique éprouvée précédemment fut à nouveau mise en œuvre : Repousser les morts-vivants en en réduisant le nombre et abattre prioritairement les monstres qui dirigeaient l’armée.
La nuit s’écoula, alternance d’attaques et de répit, jusqu’au dernier assaut, peu avant l’aube.
Les premiers rayons du soleil glissaient sur les toits de Hurlevent quand un son semblable à un long hurlement sinistre couvrit le fracas de la bataille. Immédiatement, les zombis s’immobilisèrent puis firent demi-tour, se dirigeant vers l’entrée de la ville surplombée par la nécropole d’où provenait l’appel.
« Abattez-en autant que vous pouvez ! » hurla Everard.
Les combattants se déchaînèrent sur l’arrière-garde de la horde qui s’éloignait d’une démarche mécanique et se faisait brûler et démembrer sans la moindre réaction.
Le silence retomba sur la place dévastée que le soleil levant illuminait.
Mordrahan détourna son regard des corps épars et des façades aux portes défoncées et aux volets arrachés pour contempler la nécropole. La pyramide émettait un bourdonnement sourd perceptible même à cette distance et une aura violette de plus en plus dense l’entourait. Il y eut un claquement sec, semblable au son d’un tissu qu’on déchire et la nécropole disparut. Tous les combattants fixaient éberlués l’endroit où elle flottait quelques secondes auparavant. L’ennemi était parti. La bataille était terminée.
Les gardes raccompagnèrent les habitants vers leur domicile. Les Gallina, les Schneider et les Stover rentraient chez eux et comptaient renforcer leur domicile pour parer à une nouvelle attaque éventuelle. Everard et William repartirent vers la cathédrale en compagnie de certains réfugiés trop effrayés pour rester seuls. Néalia les suivit, désireuse d’interroger les deux paladins sur l’Ordre de l’Aube d’Argent et sur les attaques du Fléau dont ils avaient été précédemment témoins. Willowna et Agarthas lui emboîtèrent le pas.
Meleth alla visiter le SI7 en compagnie d’Ekhiras. Elle ne fut pas surprise de découvrir que l’elfe travaillait parfois pour les services secrets de l’Alliance.
Mordrahan profita de son statut de vétéran de la guerre récente en Outreterre pour obtenir des renseignements d’ordre militaire, en particulier la destination exacte des troupes qui prenaient la mer et les noms des officiers à qui s’adresser sur place.
La nuit suivante fut calme, les nécropoles s’étaient toutes volatilisées simultanément mettant fin aux attaques sur les capitales. La cité restait en alerte, cependant, pansant ses plaies. Sur le port, les navires de guerre de la flotte du Lion chargeaient inlassablement soldats et matériel avant de faire voile vers le Nord.
Le groupe avait trop de bagages pour être accepté sur un navire de guerre mais de nombreux capitaines vendaient des traversées aux aventuriers désireux de se joindre aux armées de l’Alliance. Ils embarquèrent dans la matinée sur un solide vaisseau kultirassien.