Le jour se levait doucement sur la Halte des Aventureurs.
A l’est de la zone, le soleil ne parvenait jamais à dissiper totalement la brume qui s’insinuait entre les arbres noueux. Le Bois de la Pénombre étendait son influence au-delà de la barrière rocheuse qui séparait les deux territoires et le brouillard remontant de la mer venait se mêler aux nappes nuageuses retenues par les cimes des arbres. Les branches tortueuses s’inclinaient telles des serres vers les chemins étroits, les buissons abritaient de petits animaux furtifs dont les yeux luisaient dans l’ombre, la canopée retenait la lumière du soleil mais laissait filtrer les rayons de la lune qui venaient iriser la surface de l’étang en contrebas.
Mordrahan aimait cette atmosphère feutrée qui lui rappelait son ancienne demeure à Sombrecomté. On rejoignait la parcelle qu’il avait choisie par un sentier serpentant le long d’un vieux cimetière sous les feuillages sombres. Le voyageur affrontait une atmosphère surnaturelle entre la brume rampante et les feux follets qui dansaient près des monuments elfiques, puis le chemin se faisait pentu et débouchait sur un petit plateau herbeux surplombant les frondaisons. Adossé au versant montagneux, l’endroit alliait calme et vue dégagée.

Sokran avait validé le choix du site. Les deux frères faisaient à présent partie de la communauté des Aventureurs, ce qui leur valait une résidence dans un secteur commun, mais la sociabilité toute relative des deux vétérans s’accommodait fort bien de cet emplacement retiré.
Leurs activités particulières réclamaient également un certain isolement.
Sokran travaillait à la forge à toute heure du jour ou de la nuit. Quand il prenait un peu de repos, il venait parfois méditer dans le jardin, contemplant la forêt brumeuse tandis que ses familiers mort-vivants chassaient plus bas près du cimetière, nettoyant le quartier des charognes et des nuisibles envahissants.
Mordrahan avait bâti un cromlech sur le terrain et pratiquait parfois des expériences en extérieur. Le démoniste recevait également les visites de ses disciples ou de confrères érudits plus ou moins exotiques.
Les deux frères s’étaient ainsi assurés de ne déranger personne et même la faune locale semblait s’accommoder de ces voisins peu ordinaires.

A l’aube et au crépuscule, des animaux circulaient près de la demeure, venant boire au ruisseau tout proche dont l’eau venue des montagnes était d’une grande pureté. Le démoniste observa le manège d’un renard à l’affût, puis tira un seau d’eau pour arroser les fleurs de son jardin, avant de rentrer préparer son thé matinal.